La reconnaissance est une obligation seulement quand on a réussi

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Il y a toujours eu des débats larvés sur le concept de réussite : quand est-ce qu’on peut se gargariser d’avoir une vie réussie? Peut-on faire un jugement en fin de vie ou au cours de la vie?

C’est un débat qui fait long feu dans la mesure où on a vu des personnes considérées comme des modèles de réussite avoir une fin misérable, tout s’écroulant les dernières années de leur vie, comme on a eu des personnes étant considérées comme “maudites” bénéficier au soir de leur vie de toutes les grâces et se retrouver dans la félicité. Donc, il est difficile, en tenant compte du facteur temps, de dire dans l’absolu que telle personne a réussi.

Une personne considérée comme modèle de réussite par une société peut aussi masquer des échecs sur d’autres plans. Vous pouvez réussir professionnellement avec un parcours sans faute, mais avoir une vie difficile avec votre conjoint(e). Comme vous pouvez réussir matériellement avec des richesses, au détriment de vos relations, les inimitiés ne manquant pas lors de votre quête de richesse.

Donc, chacun conçoit la réussite selon des critères qui ne font pas toujours l’unanimité. Comme critères, on peut avoir :

  • Le pouvoir : les politiques par exemple  jugent le plus souvent leur réussite par l’occupation des positions de pouvoir.
  • l’argent : les entrepreneurs, les dirigeants d’entreprise ne jugent leur succès que par la “valeur” créée.
  • les relations : les hommes de réseaux considèrent les relations comme une richesse et la réussite de ce côté s’évalue à l’aune du carnet d’adresses et des entrées.
  •  la famille : le commun des mortels conçoit ce point comme très important car la famille est au centre de tout. S’il faut bénéficier du pouvoir, de l’argent ou autres pour se retrouver avec une famille complètement détruite, un goût amer reste en travers de la gorge. D’ailleurs, quand on voit comment plusieurs hommes politiques de tous pays et de tous bords politiques se battent pour protéger leurs familles de la tempête médiatique, on n’a pas besoin de dessin pour comprendre.
  • la spiritualité : c’est aussi un point familier pour le commun des mortels, plus aigu sur certaines tranches d’âge…A 70 ans, on espère qu’on n’a pas trop offensé son prochain…et on s’interroge pour l’après. Mieux vaut passer de vie à trépas la conscience libre et tranquille…

On peut ajouter d’autres critères mais je préfère m’arrêter là. Néanmoins, la richesse matérielle est le premier critère qui vient à l’esprit quand on parle de réussite. Et de mon point de vue, c’est normal car le commun des mortels ne peut juger que ce qu’il voit. C’est facilement mesurable. Bien sûr que l’habit ne fait pas le moine mais on reconnait le moine par son habit…Est-il facile de juger une réussite spirituelle? A quelle échelle de pouvoir doit-on estimer qu’on a réussi?

Certains mouvements religieux ont réussi la prouesse d’associer réussite spirituelle et réussite matérielle. Ils y en a qui prennent le mouvement à un sens : la réussite spirituelle entraine la réussite matérielle. D’autres prennent l’autre sens : la réussite matérielle valide la réussite spirituelle, c’est Dieu qui a donné. Le recours aux deux sens n’étant pas exclu.

Le débat sur le niveau requis pour une richesse matérielle n’a jamais été refermé. Néanmoins, ce sont des questions qui se posent moins sur le terrain dans la mesure où chaque époque et communauté conçoit ses signes extérieurs de richesse. Dans certaines villes, rouler en voiture est un privilège. Dans d’autres, le lieu de résidence suffit à vous apposer une casquette. De même que l’appartenance à certains clubs est un signe d’aisance matérielle chez certaines communautés.

Pour la suite du billet, nous allons utiliser le concept de réussite sans nous attarder sur le sens car chaque société, chaque culture en donne un sens. Toujours est-il que la réussite est la traduction d’un ou de plusieurs acquis valorisés par une communauté précise à un moment donné.

La réussite est le miroir de la société : elle ressort tout ce qu’il y a de profond et l’affiche devant nos yeux. Quelque soit la considération ou le sens accordé à la réussite, il y a un certain nombre de règles ou d’épreuves qui s’imposeront à vous.

REGLE N°1 :

Si vous réussissez sans passer par les canons établis ou socialement acceptés de votre environnement, vous serez dépeint comme un faussaire, un affabulateur. Lorsque vous cassez le “code de réussite”, certains feignent d’hurler pour masquer l’illusion qu’ils ont avalé amèrement avec les sacrifices consentis associés. La haine muette ressentie envers les footballeurs aux salaires mirobolants est la conséquence de ce que certains perçoivent comme une injustice. On a bien vendu l’ascension sociale par les études alors que les entrées d’un haut fonctionnaire peuvent permettre à son cancre de cousin d’occuper une position sociale très convoitée. Ces footballeurs n’ont pas fait Harvard mais ils gagnent mieux. Un coup de colère d’un footballeur, il est sauvage. Un coup de colère ailleurs, c’est une “saute d’humeur”. Français quand tu nous tiens…

REGLE N°2 :

La réussite est le miel qui attire les abeilles mais aussi des prédateurs en nombre. Sombrant et errant dans l’obscurité de leurs combats, ces prédateurs cherchent une once de lumière qui donnera du relief à leur combat : quoi de mieux que de vous prendre en otage en vous mettant en parallèle avec un problème de société qui, plus est, a une aura de digne combat. Pour continuer avec l’exemple des footballeurs, un footballeur couche avec une fille qui plus tard est présentée comme mineure. Que faisait une mineure à 3h du matin en semaine dans une soirée arrosée? Ce n’est pas la question appropriée puisque des tas d’associations vont sauter dessus et surfer sur la vague médiatique pour se donner une contenance. Les prostituées mineures pullulent les rues, le trafic humain bat son plein. Dans un communiqué à la suite de son rapport annuel de 2010, l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime précise “L’activité illégale la plus lucrative d’Europe est le trafic d’êtres humains, (…) les groupes criminels tirent plus de 2,5 milliards de dollars de bénéfices par an en organisant le travail forcé et l’exploitation sexuelle d’êtres humains.” Quelle association veut aller se frotter aux groupes criminels qui ne lésinent pas sur les moyens d’intimidation? Mieux vaut attendre l’écart d’un footballeur pour claironner qu’on combat l’exploitation des mineurs depuis 30 ans! Quand on combat quelque chose qui prolifère chaque année, on doit se poser la question soit sur la justesse de ce combat, soit sur la stratégie et les moyens. Quand la mafia italienne s’est retrouvée en face de juges qui combattaient vraiment et ne faisait pas du cosmétique, on sait ce qui a suivi…

REGLE N°3 :

La réussite est l’antichambre du satanisme et autres coups tordus. Votre réussite n’est ni normale, ni exceptionnelle. Elle est tout simplement artificielle aux yeux de beaucoup. Et tout est recherché dans vos moindres faits et gestes pour justifier cette position. On a la conclusion et puis on cherche les arguments pour soutenir. Nombre de personnes ont psychologiquement laissé des plumes sur cette règle. Fatigué des ragots et tout ce qui est dit à leur compte, ils ont sombré dans la dépression ou la drogue. Mal leur en a pris, ils ont renforcé la conviction de ceux qui les acculaient.

REGLE N° 4 :

Si vous passez par un mentor, apprêtez vous à être l’ingrat de service. Voler de ses propres ailes est synonyme de trahison. Tout ce que vous faites peut être interprété comme une trahison, un mépris. Tout cela pour vous accommoder avec la fable des ingrats et de l’ingratitude, qui masque en fait des égos démesurés et un appui intéressé de la part de celui qui vous a tenu la main. Si l’aide n’est pas intéressée et vise à vous faire décoller, pourquoi hurler quand le décollage commence? En réalité, dans notre société, il y a plus de personnes qui aident sans conviction. Juste pour satisfaire le miroir humaniste qui est apprécié socialement et hurler à toutes les fenêtres qu’on a aidé et épaulé plein de monde. Je t’aide mais reste toujours derrière moi, je ne supporterai pas que grâce à mon aide, tu me dépasses.

REGLE N° 5 :

Les gens continuent à croire seulement au génie, au talent, au miracle…Quand ils se trouvent nez à nez avec un cancre qui a réussi, le logiciel enregistre son premier bug. Personne n’est là pour voir tout le processus (essais, erreurs, batailles, difficultés,…) qui vous conduit à la réussite mais la réussite se fait voir par tout le monde…et cela nourrit la mise en avant exclusive du génie, talent, et autre. Je pense que Cédric Villani a fait plus pour le grand public en publiant le livre “Théorème vivant” qui retrace l’élaboration du théorème qui l’a consacré dans le monde des mathématiques. Comme l’a dit Thomas Edison, “Le génie, c’est 1% d’inspiration et 99% de transpiration”. Ce côté là, personne ne le verra. Vous avez le choix : soit vous êtes honnête et vous faites comme Cédric Villani en “déconstruisant” cette projection de génie, talent ou autre, soit vous jouez le jeu à l’américaine et vous publiez des livres de conseils pour être “riche”, “épanoui” et “réussir tout ce que vous entreprenez”. Vous allez encore plus vous enrichir, publier encore d’autres livres, même sur des sujets qui n’ont rien à voir avec votre succès et la bouche “plus d’enrichissements, plus de conseils” sera lancée. Si vous vous faites prendre à la Madoff (système de Ponzi), vous ne subirez pas le même sort que lui. Vous allez tirer votre révérence de la scène médiatique avec plein de fric dans les poches.

REGLE N°6 :

La reconnaissance est une obligation quand on a réussi, seulement quand on a réussi. Si vous échouez, personne ne demande votre reconnaissance. Les gens aiment à citer ceux qui sont passé entre leurs mains et ont réussi, jamais le nombre de ceux qui sont passé entre leurs mains. S’ils le faisaient, on pourrai faire le ratio et là, se faire une idée des propriétés alchimiques qu’ils s’attribuent par leurs messages subliminaux. Cette règle est proche de la règle n°4 qui parlait du mentor. Lorsque vous réussissez, tous ceux qui ont croisé votre chemin à un moment ou un autre attendent votre reconnaissance et estiment qu’ils ont contribué à ce succès. Si vous échouez, ils n’ont pas contribué et interpellé, ils diront bien que c’est vous qui êtes la source de votre propre échec.

REGLE N° 7 :

Apprenez à dire NON. Vous allez crouler sous les demandes et/ou attentes de votre entourage. Et ce n’est que normal. Pas besoin d’avoir la sensation d’être une vache à lait. Ou de sombrer dans la vision d’un monde mû uniquement par les intérêts. Des problèmes, tout le monde cherche des solutions et la facilité va toujours pousser ces personnes vers vous. Inutile d’avoir un arrière-goût dans la bouche lorsque tous les “Bonjour” que vous recevrez seront suivi d’une litanie de demandes. Sachez juste qu’une demande facilement et rapidement traitée entraine toujours plus de demandes. Et surtout, pas de remords après avoir dit NON.

REGLE N° 8 :

La réussite a toujours beaucoup d’appelés, mais peu d’élus. Les relations sont nombreuses quand vous êtes au top, tout le monde s’enquiert de votre santé, la politesse et le respect sont de mises. La tentation est grande de confondre votre épouse avec une courtisane, d’égaliser cette relation. Si on a en mémoire plusieurs cas observés de personnes ayant payé le prix de cette confusion, cela ne garantit en rien votre immunité. Plein d’observateurs se sont retrouvés en train de commettre les mêmes erreurs qu’ils décriaient par le passé. Cela veut dire qu’au four et moulin, les privilèges enivrent et la raison de l’observation s’enfuit.

Si vous doutez un seul instant de ces règles, allez voir un reportage sur une réussite. Si les idées ne vous viennent pas, le plus accessible est la carrière d’un footballeur. On interrogera les parents qui diront qu’il a toujours aimé ça depuis petit, le petit entraineur du coin vous dira qu’il avait vu en lui le génie, qu’il était toujours différent. C’est une succession de témoignages où le superlatif règne en maitre. Pareil pour les chefs d’entreprise qui projettent l’image de monstre de travail. On ne peut pas aussi tout condamner : quand vous êtes un modèle de société, vous devez faire rêver.

Si vous avez d’autres règles ou épreuves liées à la réussite, je vous invite au partage dans les commentaires.


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