Pourquoi refuser de travailler en groupe?

 

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J’ai pris le temps de regarder une présentation vidéo  tenue  en Juin 2009 lors des Google I/O, les conférences annuelles organisées par Google. Cette présentation, animée par Brian Fitzpatrick et Ben Collins-Sussman, avait pour titre “The Myth of the Genius Programmer”. Je vous conseille de prendre la peine d’y jeter un coup d’œil, au moins pour les vingt (20) premières minutes. Cette collaboration les a amené à la publication d’un livre en 2015 qui reprend le thème principal de cette présentation : “Debugging Teams, Better Productivity through Collaboration”. Quel est le point principal abordé par cette présentation?

Chaque personne veut secrètement être vue ou passée pour un génie, ou quelqu’un d’exceptionnel…Et cela a un impact fort sur plusieurs domaines de la vie.

Déjà à l’école, la situation n’est pas meilleure. On trouve nombre de personnes qui rebute le travail en groupe et même lorsque travail en groupe il y’a, celui qui estime avoir fait ou contribué en grande partie à l’établissement d’un rapport souhaite le présenter devant l’auditoire, même si ses qualités médiocres de présentateur sautent aux yeux…J’ai même vécu des tensions lors de la mise en page de la première de couverture où il faut marquer les noms des membres du groupe : certains attachent une très grande importance au rang. Ils n’apprécient pas que vous mettiez leurs noms en dessous de ceux qu’ils estiment avoir le moins contribué, ou ils souhaitent que l’ordre de placement des noms corresponde à la contribution effective de chacun au travail de groupe. Ça, c’est pour l’école.

En milieu professionnel, les choses sont plus compliquées. Dans plusieurs entreprises mais pas toutes, un Chef tolère moins qu’un subalterne lui ravisse la vedette lors d’une réunion. Certains employés doivent souvent faire valider leur mail ou solliciter l’avis de la hiérarchie avant tout envoi. Je ne dis pas que cela est mauvais en soi. Parfois, l’avis d’un ancien vous évite de mettre les pieds dans un panier à serpents, métaphore idéale pour illustrer les effets de luttes de pouvoir qui animent parfois le quotidien des entreprises. Au delà de ces particularités, je voudrais relever que le travail en groupe est très difficile en entreprise puisque la logique de carrière pousse toujours certains à vouloir gagner plus de crédits, apparaître exceptionnels aux yeux des autres.

Et justement, Brian Fitzpatrick et Ben Collins-Sussman partent du constat observé de l’élitisme rampant dans la communauté des programmeurs pour rappeler l’importance de la collaboration dans toute entreprise. Il ne nie pas qu’il y ait des génies mais ils estiment que cette réalité est fortement exagérée, notamment par la société et surtout les médias qui, par le truchement du “star system”, biaisent fortement la représentation de la scène, où les “petites mains” sont bien plus importantes.

D’ailleurs, Ben Collins-Sussman pose une question à son auditoire :

“(…) Can you name a piece of software that’s really successful, really widely used by a lot of people, and was written by one person?”

Personnellement, vous pouvez observer à travers votre Smartphone et citer une application populaire ou largement diffusée, entièrement programmée et éditée par une seule personne? Vous pouvez quitter le Smartphone et balayer d’autres domaines. Vous allez trouver très peu d’exemples.

D’ailleurs, les deux auteurs citent Linus Torvalds en rappelant que le noyau Linux est de lui mais qu’il a fallu une large communauté de développeurs pour faire de LINUX ce qu’il est aujourd’hui. Et le dire n’enlève rien au prestige ou au “génie” de Linus Torvalds qui a su rassembler et surtout coordonner le travail de toute cette communauté. Pareil  pour Bill Gates qui a co-réalisé avec Paul Allen l’interpréteur BASIC qui va tourner sur les tout premiers micro-ordinateurs, ce succès les poussant à fonder MICROSOFT. Cela n’enlève rien au “génie” de Bill Gates. Pareil pour Steve Jobs avec Steve Wozniak qui évoluait dans l’ombre. La liste est bien longue.

La majeure partie de grandes réalisations sont des travaux de groupe, même comme elles peuvent être initiées par ceux que la société considère comme des “génies”. C’est à travers le regard des membres du groupe, leurs contributions, suggestions et critiques que le résultat acclamé a vu jour.  Notre société avec les médias en première ligne est à la recherche d’hommes exceptionnels, de visionnaires, de génies, de stars, de célébrités. C’est bien pour relever le moral de personnes ordinaires sombrant dans les tourments et les épreuves de la vie quotidienne en leur montrant qu’avec de la volonté, l’acharnement et le travail, on peut aussi y arriver. Mais cela a aussi le revers de masquer le plus souvent la nécessité de collaboration et de travail en groupe pour y arriver.

En plus,  comme on veut passer pour un génie ou un être exceptionnel, on se bat pour masquer les traces, cacher ou dissimuler nos erreurs et nos échecs. C’est commun, lorsque vous dites qu’un tel est un grand entrepreneur, de voir plusieurs personnes objecter que deux ou trois de ses entreprises ont fait faillite. Comme pour dire que ces deux faillites sont suffisantes pour exclure ce qualificatif. Donc, si vous voulez être au dessus de la mêlée, il vaut mieux ne pas faire d’erreurs ou éviter les échecs.

Ce genre de pensée baigne dans la société et anime malheureusement plusieurs jeunes dans leur réflexion et leurs actions. Aucune tolérance pour l’erreur, aucune tolérance pour l’échec. Sitôt une entreprise créée, les réunions sont à sens unique. Après tout, ils sont exceptionnels, ils sont des génies, pourquoi perdre le temps pour prêter l’oreille au commun? Naturellement, l’échec est aussi à un seul sens quand les résultats ne sont pas au rendez-vous. Et une voix profonde remonte : “Cet échec est ta faute, tu n’es pas un génie, tu n’es pas exceptionnel. Si tu étais un génie, ton idée aurait pris. Si cela ne prend pas, tu n’est pas visionnaire, tu n’est pas…”.

Travailler avec d’autres n’enlève en rien l’estime que l’on peut avoir de soi. Réussir à créer une synergie entre plusieurs personnes, animer un groupe rehausse même l’estime que l’on peut avoir de soi. Ne point masquer ses erreurs :  ces erreurs peuvent justement avoir une valeur pédagogique pour d’autres plongés dans les affres de l’action. Les Napoléon, César, Steve Jobs, Bill Gates, et autres ont tous subi, à un moment ou un autre, de sérieux revers. Périodes mises à contribution pour des retours gagnants. Ces revers n’ont pas empêché la société de leur attribuer de grands mérites. Le travail en groupe n’enlève en rien le mérite.

Je pense que c’est le message central du livre “Debugging Teams, Better Productivity through Collaboration” de Brian Fitzpatrick et Ben Collins-Sussman, diffuser les bonnes pratiques du travail en collaboration, en équipe. Même comme on peut déplorer qu’on n’en fait pas beaucoup lors des études. Alors que la majeure partie de notre vie personnelle comme professionnelle, on s’y soumet, de gré ou de force.

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